Infrastructurer l’océan : les systèmes d’observation océanique et la fabrique d’espaces marins gouvernables

Congrès 2026 de l’Association européenne pour l’étude des sciences et des techniques (EASST), Cracovie, Pologne

Les systèmes d’observation de l’océan sont de plus en plus présentés comme des infrastructures critiques pour gouverner des espaces océaniques vastes, mouvants et difficilement accessibles, dans un contexte marqué par le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et l’essor des économies maritimes. Les grandes initiatives de surveillance et les plateformes de données promettent de produire les informations nécessaires à une gouvernance de l’océan fondée sur des preuves. Pourtant, ces systèmes sont coûteux, fragiles et dépendent d’arrangements institutionnels et financiers instables. Face à cette situation, une partie de la communauté scientifique cherche à repositionner les systèmes d’observation océanique comme des infrastructures de connaissance d’intérêt collectif, dont la valeur dépasse le seul cadre de la recherche scientifique.

Cette communication analyse ce processus d’« infrastructuration » ainsi que le rôle des infrastructures de données géospatiales dans la transformation de l’océan, d’un espace « indiscipliné » (unruly) en un espace gouvernable. Elle s’appuie sur les Science and Technology Studies (STS) et sur les travaux récents consacrés à la politique de l’infrastructuration (Blok et al., 2016 ; Drakopulos et al., 2022).

L’analyse repose sur une ethnographie collective des arènes internationales de gouvernance des océans liées à la Conférence des Nations unies sur l’océan de 2025 à Nice, complétée par des entretiens menés auprès d’acteurs impliqués dans les principales initiatives d’observation (GOOS, Copernicus Marine Service et Argo). La communication met au jour les stratégies déployées par les scientifiques, les institutions et les bailleurs de fonds pour stabiliser les infrastructures d’observation, en soulignant leur utilité sociétale et en les inscrivant dans les agendas de gouvernance. L’extension de ces infrastructures d’observation – souvent portée par des partenariats commerciaux, des fondations philanthropiques ou le recours à des navires d’opportunité – suscite des conflits autour des priorités d’observation, de la commercialisation des données et de l’autorité sur les infrastructures de connaissance. Ce processus contribue à produire un océan ordonné par les données géospatiales, mais profondément inégal, où certains espaces deviennent (in)visibles du point de vue des infrastructures et où certains acteurs acquièrent des positions de privilège épistémique.

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